Le Maroc est le premier pays du Maghreb à avoir officialisé la langue Tamazigh. Les Berbères vivent majoritairement dans le royaume et en Algérie, où les élites se sont activement engagées dans la lutte pour leurs droits culturels, linguistiques et politiques. La nouvelle a donc été accueillie avec satisfaction par les communautés Amazigh du Maghreb, comme l’explique Ahmed Boukous, recteur de l’Institut Royal de la Culture Amazigh : « Au Maroc, les militants Amazigh doutent encore. Bien qu’adoptée, la nouvelle constitution prévoit une consécration graduelle de la langue berbère. Et beaucoup craignent que le processus ne soit enrayé par les tenants du panarabisme nationaliste et par ceux de l’islamisme ».
Par ailleurs, l’utilisation de l’alphabet arabe à la place du Tifilagh, la graphie ancestrale des Berbères, préoccupe les militants, comme Ahmed Assid, directeur de l’observatoire amazigh des droits et des libertés : « La décision marocaine n’a pas manqué d’attirer l’attention d’Alger, où le souvenir du « printemps berbère », qui a secoué le pays dans les années 1980, est encore vif ».
Ce combat identitaire remonte à plus de 60 ans en Algérie, et s’est apaisé en 2003, lorsque le berbère a été consacré « langue nationale » par Abdelaziz Bouteflika, à la suite de protestations en Kabylie. La décision de Rabat serait-elle une tentative de déstabilisation du pouvoir algérien ? L’initiative a en tout cas donné un nouveau souffle aux militants berbères du Maghreb. Quoi qu’il en soit, pour Rabat comme pour Alger, les prétentions Amazigh pèsent toujours, comme une menace, sur l’unité nationale.