Dimanche 23 octobre, les Tunisiens se rendront aux urnes pour élire une assemblée constituante. Journée historique. Mais dans un pays qui n’a connu que le parti unique depuis l’indépendance de 57, beaucoup se demandent pour qui voter. Multiplicité des listes, complexité du scrutin, peur de l’inconnu, de nombreux Tunisiens sont encore indécis. Dans la circonscription de l’Ariana, dans la banlieue de Tunis, les affiches électorales se comptent par dizaines. Au total, 96 listes s’affrontent pour seulement 8 sièges. Pas aidé par seulement 3 semaines de campagne, un avocat, qui milite au sein du PDM, le Parti Démocrate Progressiste, plutôt de gauche, veut pourtant rester philosophe: « C’est normal que les électeurs soient perdus à cause du nombre énorme de liste. Mais ça fait partie des phénomènes qui se dissiperont au fur et à mesure de l’avancée de la démocratie ».
Au total, c’est plus de 11 000 candidats qui se disputent 218 sièges. Désabusés par la politique, dans laquelle ils n’ont jamais eu leur mot à dire, la plupart des tunisiens vont voter pour la première fois, et ne connaissent pas vraiment les partis en lice. Le choix s’annonce épineux.
Abdel Majid Ouedhrni, boucher au marché de l’Ariana : « Sincèrement, ça sera au dernier moment. Je ne pourrai vraiment choisir qu’au dernier moment ».
Mounira Bouzaïen, aide-soignante : « Il y a quatre-vingt-quinze partis ! C’est vraiment énorme ! En plus, il n’y a pas ce que je pourrais appeler une campagne médiatique. Combien de partis est-ce je connais ? Trois ou quatre ».
Un émiettement du paysage politique qui n’inquiète pourtant pas le président de l’ISIE, l’Instance Supérieure Indépendante pour les élections, l’autorité qui supervise l’organisation du scrutin.
Kamel Jendoubi, Président de l’ISIE: « Je n’ai pas peur de la variété. Je suis sûr que peu importe la diversité de l’Assemblée Constituante, nous aurons un gouvernement qui gérera les affaires du pays et des institutions de transition ».
L’optimiste suscité par la Révolution ne semble pas retombé à l’approche des élections, malgré leur enjeu primordial. L’Assemblée qui ressortira du scrutin aura un rôle crucial, celui de mener à bien la première grande réforme démocratique du printemps arabe. Pourtant, si tous les Tunisiens ont la possibilité de se rendre aux urnes dimanche, seule la moitié d’entre eux se sont inscrit volontairement sur les listes. Dans un pays où a longtemps régné un vrai désenchantement politique, la participation sera un des autres enjeux de ces élections.