Depuis le 1er d’octobre, début de la campagne pour les élections de l’Assemblée constituante, le parti islamiste Ennahda cherche à rassurer l’électorat tunisien. Y compris en mettant sur le devant de la scène les militantes du parti.
Assia, bénévole: « L’ancien président a suscité une sorte de phobie à notre égard, qui fait que les gens ont une mauvaise image de nous. Nous voulons faire connaître notre programme, notre véritable idéologie. Et si dieu le veut, la société nous acceptera. »
Preuve ultime de son ouverture, Ennahda a placé en tête de liste de la circonscription « Tunis 2″ une pharmacienne non voilée, Souad Abderrahim. Un choix stratégique qui porte ses fruits :
Siham, citoyenne tunisienne : « Parce qu’elle ne porte pas le hijab et qu’elle parle du programme d’Ennahda, je suis prête à les soutenir et à leur permettre de gagner. »
Le parti ne compte qu’une seule femme tête de liste. Son adhésion au principe de parité serait-elle une simple façade ? En tenant un double discours, Ennahda ratisse large tout en ménageant la base de son électorat. Même si la candidature de Souad Abderrahim fait débat au sein même du parti, et de ses électeurs potentiels.
Un citoyen tunisien : « Vous savez, ce qu’on aimerait c’est que les femmes soient comme elle, voilée, pas comme vous. »
Quand il ne s’assimile pas à l’AKP, le parti islamiste au pouvoir en Turquie, Ennahda se présente comme le garant de l’ordre moral. Une morale fondée sur une politique restrictive à l’égard des femmes quant à leur présence dans la sphère publique. En cela, et malgré les dénégations, le parti Ennnahda diffère peu de ses voisins marocains, égyptiens, et algériens. Lors des rassemblements du parti, on apprend volontiers que le chômage en Tunisie est imputable aux femmes, qui prennent les emplois des hommes. Ou encore que le fort taux de célibat des femmes est dû à l’interdiction de la polygamie…