Les Tunisiennes doivent-elles s’inquiéter pour leurs acquis ? Incontestablement, les droits de la femme seront au cœur des sujets politiques abordés dans les prochains mois. En vigueur depuis le 13 août 1956, le code du statut personnel élaboré sous Bourguiba est l’un des plus avancés du monde arabe. Il accorde des droits que les tunisiennes les plus progressistes craignent de se voir retirer.
Rym, interne en médecine : « C’est vrai qu’en son temps, Ben Ali a agit de façon honteuse. Mais les femmes étaient libres. Nous étudions, nous sortons, nous faisons tout ce qu’on veut. Mais maintenant nous avons peur ».
Les Tunisiennes sont enfermées dans un paradoxe : de plus en plus présentes dans l’espace public, elles sont retenues par leur éducation et leur culture. Avec la percée des islamistes d’Ennahda, les pressions à leur encontre ne se sont pas faites attendre.
Mona, propriétaire et gérante de la boulangerie Le continental : « Hier, il y a eu un incident lorsqu’un client est entré et m’a demandé pourquoi j’étais là. Quand Ennahda sera au pouvoir, tu devras t’en aller et rester chez toi ».
Les Tunisiennes ont largement contribué à la chute du régime de Ben Ali. D’ailleurs, 49 femmes siégeront lors de l’Assemblée constituante. C’est pourquoi, elles n’ont pas l’intention de se laisser dépouiller de leurs droits. Malgré la posture rassurante adoptée par les islamistes d’Ennahda, elles restent vigilantes.
A, Boulangère: « Je n’ai pas d’inquiétudes, c’est trop tôt pour cela. Les Tunisiens ne sont pas naïfs, ils réagiront si les islamistes agissent de façon inquiétante. Ils ne les laisseront pas faire. Je pense donc qu’il faut leur laisser une chance. Ce que nous aimerions c’est que quelqu’un s’occupe de nous et du pays. Le leader d’Ennahda vivait à l’étranger et il a souffert, donc je ne pense pas qu’il soit revenu pour tout remettre en cause ».
Ces dernières années, l’image de la femme tunisienne traditionnelle a évolué vers celle d’une femme pieuse, portant un Hijab directement importé par la génération d’immigrés vivant en France. Le défi aujourd’hui, sera d’imposer une foi revendiquée comme un droit libre, et non une soumission. Dans le reste du monde, les femmes des sociétés musulmanes observent attentivement, le combat mené par les tunisiennes.