Les tractations pour la formation du nouveau gouvernement marocain battent leur plein. Le PJD, sorti vainqueur des élections législatives du 25 novembre a remporté 107 sièges sur 395. Pour obtenir une majorité, il doit impérativement s’allier avec d’autres partis. Mais le projet d’une coalition avec la Koutla vient d’échouer. Cette alliance, créée en 1992, réunit le parti de l’indépendance, l’Istiqlal, l’Union Socialiste des Forces populaires, USFP, et le Parti du Progrès et du Socialisme, le PPS. Si d’entrée de jeu, l’Istiqlal s’est montré favorable à l’idée de rallier la majorité, ce n’est pas le cas de l’USFP. Ce weekend, le parti a annoncé qu’il préférait rejoindre les rangs de l’opposition. Une décision prise à l’unanimité par le conseil national du parti, réuni en cession extraordinaire dimanche 5 octobre.
Le choix de l’USFP tiraille le PPS. Doit-il former une opposition de gauche aux côtés de son partenaire idéologique, ou rester au pouvoir ? La décision doit être prise dans le courant de la semaine, après la réunion du Comité central du parti.
Que fera le PPS ? S’il décide d’entrer dans l’opposition, c’est tout le paysage politique marocain qui s’en trouvera transformé. En effet, l’opposition serait alors incarnée par les seuls partis de gauche, et la majorité, formée par l’Istiqlal et le PJD, serait de droite. Une droite plutôt conservatrice. Au centre, le Rassemblement national des indépendants et le PAM, les deux principaux partis du « G8 », l’Alliance pour la démocratie. Pour la première fois, des alliances politiques seraient formées sur une base idéologique, avec un véritable clivage gauche-droite-centre. Le paysage politique marocain tendrait ainsi à se polariser. Une configuration favorable à l’instauration d’un véritable débat démocratique.
Si officiellement rien n’a encore été décidé, le nouveau gouvernement marocain ne devrait pas tarder à voir le jour. Déjà, une nouvelle bataille s’annonce au sein des partis qui le composeront pour l’obtention des portefeuilles ministériels. L’Istiqlal, sans lequel le PJD ne pourra gouverner, se trouve dans une position confortable. Rodé à la pratique du pouvoir, le parti de l’indépendance a tout intérêt à briguer d’importants ministères. Selon les premières indiscrétions, la présidence de la première Chambre du parlement lui serait accordée d’office.
Pour le parti d’Abdelilah Benkirane, l’essentiel est de faire bonne figure en début de mandat. Mais y parviendra-t-il alors qu’il doit éviter de heurter les ambitions de ses jeunes cadres, tout en ménageant les visées des partis de sa coalition ? La question mérite d’être posée, d’autant qu’un autre paramètre entre en jeu. Le PJD veut dégraisser l’exécutif en réduisant le nombre des ministères. Pas plus de 25, secrétariats d’État compris. Pour le nouveau premier ministre, l’équation s’annonce difficile.