Ils sont des centaines, deux à trois fois par semaine, à battre le pavé des rues de Rabat pour réclamer un travail. Depuis quinze ans les promotions universitaires se succèdent, et les manifestations continuent. Le taux de chômage des diplômés du supérieur au Maroc est de 18%, soit le double de la moyenne nationale.
Abdelnasser, diplômé au chômage :
« J’ai une licence en littérature française et depuis 5 ans je cherche un travail. Nous on veut la fonction publique, parce que le secteur privé est informel, il n’est pas sécurisé et il n’offre pas de garantie sur l’avenir »
Seuls 30% des salariés du secteur privé ont un contrat de travail. Quant aux droits sociaux, c’est pire encore : 82% des personnes en activité n’ont pas de couverture médicale.
Pour maîtriser la contestation, les dirigeants ont tous depuis dix ans procédé à des embauches répétées et directes de fonctionnaires. Et le printemps arabe a encore accentué la pression : en mars, le gouvernement promettait d’intégrer 4 300 diplômés, tout en assurant que l’opération était exceptionnelle.
Plus que jamais donc, le nouveau gouvernement islamiste est attendu au tournant sur cette question. Au sein du parti Justice et Développement, on se garde de faire des promesses.
Abdelkader Amara, député PJD et membre du bureau politique du parti :
« On ne peut pas demander à l’Etat de devenir une sorte d’entraide nationale. Pour le court-terme, si recrutement il y a ça devrait se faire sur un besoin justifié, dans un cadre transparent, et ça devrait se faire sur la base du mérite. Sur le long terme il faut un recadrage de notre formation et de notre système scolaire. »
A la défaillance du système d’enseignement s’ajoute l’insuffisance du nombre d’emplois qualifiés créés par l’économie marocaine. En cause : la corruption, selon cet économiste.
Azzeddine Akesby, économiste :
« La corruption qui est une corruption endémique affecte l’ensemble du système et de ce fait là nous sommes dans une économie de rente qui affaiblit l’investissement et qui affaiblit les créations d’emplois. »
Selon le rapport 2011 de Transparency international sur la corruption, le Maroc se classe 80e sur 183 pays.
Le PJD a fait de la lutte contre ce fléau son principal slogan de campagne. Il devra maintenant le mettre en œuvre, pour répondre aux attentes de 35 millions de Marocains et en particulier des quelques 40 000 diplômés qui arrivent chaque année sur le marché du travail.