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La Chronique du Jour

Le 28.12.2011 66 vues

Tunisie : Ennahda présente son gouvernement

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ALQarra-154 voix pour, 38 contre et 10 abstentions : le gouvernement de Hamadi Jebali a été officiellement investi, hier, par un vote de confiance de l’Assemblée constituante. Il aura fallu quinze jours de tractations pour que le Premier ministre tunisien réussisse à former son équipe. Elle compte 41 membres : 30 ministres et 11 secrétaires d’Etat.
Kamel Nabli, le gouverneur de la Banque centrale, dont le départ avait été un temps envisagé, a finalement été maintenu dans ses fonctions. Tout comme Abdelkarim Zebidi, le ministre de la Défense.
Les autres poids lourds du gouvernement seront tous issus d’Ennahda, le parti islamiste vainqueur des élections du 23 octobre. Nourredine Bhiri, un avocat, devient ministre de la Justice. Rafik Ben Abdessalem, le gendre de Rached Ghannouchi, hérite des affaires étrangères. Samir Dilou, l’étoile montante du mouvement, lui aussi avocat, sera ministre des droits de l’homme et porte-parole du gouvernement. Il aura à gérer les délicats dossiers de la justice transitionnelle et de l’indemnisation des familles des martyrs de la Révolution.
Le poste le plus sensible, le ministère de l’intérieur, a été confié à Ali Laarayedh, un ancien prisonnier politique, qui a passé 14 années de sa vie dans les geôles de Ben Ali. Activiste assagi, Laarayedh est aujourd’hui considéré comme une des figures modérées du mouvement islamiste. Il s’occupera plus particulièrement de l’administration et des collectivités locales. Mais l’ancien titulaire du poste, Habib Essid, gardera la haute main sur les questions sécuritaires. Nommé en qualité de conseiller, il a été directement rattaché au cabinet du Premier ministre. Jebali avait souhaité le reconduire dans ses fonctions, pour rassurer les cadres du ministère. Il s’est heurté à l’opposition catégorique de ses alliés du CPR, la formation du président Moncef Marzouki. Essid ne siègera donc pas au Conseil des ministres. Le CPR a sauvé la face. Mais en coulisses, Habib Essid restera bel et bien l’homme fort de l’Intérieur.
L’agriculture, les transports, l’enseignement supérieur et la santé ont aussi été attribués à des représentants d’Ennahda, qui obtient au total 18 portefeuilles, contre 5 pour le CPR, et 5 pour Ettakatol, la formation conduite par Mustapha Ben Jaafar, qui est devenu le président de la Constituante.
Une dizaine de personnalités indépendantes font leur entrée au gouvernement. Parmi elles, Tarak Dhiab, une légende du football tunisien, lauréat du ballon d’or africain en 1977, et ancien meneur de jeu du club de l’espérance, jusqu’en 1990. Il est nommé à la jeunesse et aux sports.
Les femmes, qui n’obtiennent que trois postes, un ministère de plein exercice, et deux secrétariats d’Etat, sont les grandes oubliées de la nouvelle équipe dirigeante.
Le manque d’expérience de la plupart des ministres fait par ailleurs craindre aux observateurs « une période de rodage ». Les Tunisiens, fatigués de cette transition qui n’en finit pas, risquent de devoir encore prendre leur mal en patience…

Chronique de Samy Ghorbal