Al Qarra – Étudiants, professeurs et intellectuels agressés dans tout le pays. Journalistes passés à tabac. La mouvance salafiste tunisienne est clairement sortie de l’ombre et semble vouloir imposer sa vision unilatérale de la Tunisie. C’est tout du moins ce qui ressort des événements récents. Les salafistes ne sont pourtant pas très nombreux, tout au plus 7000 sympathisants, mais disposent d’ un noyau dur d’environ 200 personnes extrêmement actives. Demeure la question de leur impunité de plus en plus inquiétante. L’agression lundi devant le palais de justice de Tunis de plusieurs avocats et intellectuels, s’est en effet déroulée sous les yeux de forces de l’ordre étrangement passives.
Pourtant ce groupuscule n’en est pas à son premier coup d’essai. Une poignée d’individus avait réussi a bloquer la faculté de la Manouba pendant plus de deux mois. La ville de Sejnane s’est quant à elle transformée en bastion salafiste. Les habitants, à la merci d’un groupe islamiste radical, vivent désormais dans l’incertitude et la tension.
Le danger d’une émergence d’un État dans l’État est la plus grande crainte. Car il témoigne de l’attitude sans doute trop conciliante adoptée jusque récemment par le gouvernement de Hamadi Jebali. Pourtant l’exemple tragique du pays voisin, l’Algérie devrait pousser à la prudence.
Toute la question est de comprendre pourquoi le parti islamiste Ennahda au pouvoir ne réagit pas plus fermement ? De simples raisons électorales, voire électoralistes peuvent peut être expliquer cet attentisme. Ennahda compte-t-il sur les votes de cette base radicale lors des prochaines élections, au point d’attendre et d’éviter toute confrontation? L’État a t-il reculé devant la menace, comme semble l’indiquer le second report du procès de Nessma TV ? La société civile qui craint un dévoiement des idéaux de la révolution appelle le pouvoir à plus de fermeté. C’est sans doute la raison pour laquelle, Hamadi Jebali a adopté un ton plus ferme et des positions plus claires ces derniers jours. Mardi, les autorités ont fini par lever le sit in des salafistes au sein de la faculté de la Manouba, près de Tunis. La veille, Ennahda a exprimé son attachement à la liberté d’expression et s’est désolidarisé des poursuites judiciaires contre Nessma TV dans l’affaire Persepolis. Le Premier ministre a par ailleurs dénoncé les agressions contre les journalistes. Peut être l’amorce d’une reprise en main de la situation…