Al Qarra – Pourquoi les dirigeants africains vieillissants s’accrochent-ils tous au pouvoir ? S’interroge Wole Soyinka, lors du forum Africa Speaks organisé par l’Université d’Afrique du sud, le 1er février dernier. Dans la ligne de mire de cet essayiste et dramaturge nigérian de 77 ans, Abdoulaye Wade, ou encore Robert Mugabe.
« Je me dis parfois que peut-être le problème avec nos dirigeants africains c’est qu’ils viennent de sociétés où l’on accorde beaucoup d’importance aux rituels, que ce qu’ils cherchent vraiment ce sont des obsèques nationales, avec tout le rituel africain qui les accompagne, autrement, je ne vois pas pourquoi une personne comme Mugabe parce exemple voudrait rester un jour de plus au pouvoir ».
Celui qui fut en 1986 le premier prix Nobel subsaharien de littérature dénonce toute forme de dictature et d’autocratie. Sa plume acérée lui a d’ailleurs valu emprisonnement et exil. Inspiré par les révolutions arabes, il prédit un « Printemps Africain » aux dirigeants africains qui abusent de leurs pouvoirs pour se maintenir en poste.
« Il y a une sorte de différence qualitative entre les dictatures sur le continent africain, le continent noir et les dictatures dans le monde arabe, mais au bout du compte, je suis désolé, on parle de violence. Ceux qui refusent céder à la volonté du peuple, qui continuent de traiter, de regarder leur propre peuples comme des êtres inférieurs à eux-mêmes, je regrette de le dire, mais ils auront à faire au même type de violence que nous avons vu dans le monde arabe »
Au Nigéria, son pays natal, Soyinka accuse dirigeants politique et forces religieuses d’être responsables de l’insécurité. Le pays est régulièrement victime des attaques de la secte islamiste Boko Haram.
« Ceux qui ont déclenché les actions de Boko Haram dans le pays se sont les politiciens, mais Boko Haram, en tant que mouvement extrémiste, d’une violence extrême, a toujours existé. Il a toujours existé, les membres, les militants de Boko Haram ont été élevé dans les madrasas, nous les appelons almajiris au Nigeria et même là-bas ils étaient utilisés pour semer le désordre, détruire des intérêts politiques, en dehors de ceux de leurs mentors politiques. C’est donc vraiment un monstre à deux têtes »
Aujourd’hui Wole Soyinka invite la société nigériane et les institutions nationales à trouver rapidement un consensus pour l’avenir de ce pays, premier producteur de pétrole du continent.