Al Qarra – Des spécialistes de toute la région méditerranéenne étaient réunis à Agadir au Maroc, du 6 au 8 février, pour réfléchir aux problèmes liés à l’eau, à la biodiversité et aux écosystèmes. Sous l’égide de la « Medwet » ou « initiative méditerranéenne pour les zones humide », cette conférence réunissait des participants originaires pour la plupart de pays arabes.
Nejib BENESSAIAH, Coordonnateur de l’Initiative « MedWet » :
« L’idée est d’utiliser la crise économique et politique à laquelle notre région est confrontée pour restructurer le travail, et contribuer à lutter contre le chômage des jeunes en leur donnant la possibilité de s’impliquer dans les efforts de conservation en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, en particulier pour ce qui concerne les zones humides. »
Au Maroc, comme dans les autres pays qui bordent les côtes méridionales et orientales de la mer Méditerranée, la surconsommation d’eau, l’agriculture intensive et les pressions du tourisme sont autant de risques pour ces zones humides.
Assad SERHAL, Responsable de la société libanaise pour la conservation de la nature :
« Dans notre région arabe et musulmane, l’eau c’est vraiment sacrée. C’est quelque chose qui existe dans toutes les religions, et aussi dans la religion musulmane, dans le Coran et la charia où la pollution et le gaspillage d’eau sont interdits. Ce concept est plus fort que le droit. Il y a une prise de conscience aujourd’hui de retourner à nos racines. »
En attendant, 60% de la population mondiale souffrant du manque d’eau vit autour de la méditerranéen. Là où se trouve précisément près d’un tiers des destinations touristiques du monde. Les dernières avancées technologiques offrent des solutions intéressantes aux pays concernés par cette pénurie et pourraient constituer un début de réponse…
Kathrin WEISE, Chef de projet de l’entreprise d’images satellites Jenaoptronik :
« C’est un moment clé. Dans les prochaines semaines, nous ferons parvenir le système et toutes les cartes que nous développons aux pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Ils pourront alors montrer les cartes à leurs partenaires et aux décideurs concernés par le développement de l’agriculture et constater l’expansion. »
Les experts appellent les gouvernements à réagir avant que la situation ne se détériore encore davantage. Car, selon eux, ces zones humides ne pourront résister longtemps aux pressions combinées de la croissance démographique, de l’agriculture et au développement du tourisme.
Mohammed RIBI, Haut-commissariat aux Eaux et Forêts et à la lutte contre la désertification du Maroc :
« Il y a des pays qui ont fait de grosses erreurs avec leurs zones humides côtières. Et nous essayons toujours à travers des campagnes de sensibilisation, à travers même des arbitrages parfois qui ne sont pas tout à fait équilibrés parce que les gens qui viennent faire des projets de développement, ils avancent des chiffres – c’est tant d’emplois et on va faire travailler tant de personnes etc. etc. Il va y avoir du tourisme, cela va amener des touristes et des devises étrangères. Beaucoup de questions, beaucoup d’éléments de ce genre-là. »
Assèchements à grande échelle, curage, drainage, industrialisation, pollution, remblaiement et urbanisation n’ont cessé de réduire la superficie des zones humides, mettant en danger l’équilibre hydrologique et biologique des pays concernés.
L’initiative MedWet, née en 1991, rassemble 25 pays, l’UE et divers centres scientifiques. Elle réfléchit plus largement à la protection et à l’utilisation rationnelle de ces zones très riches mais également très sensibles. Une initiative commune qui tente de concilier les activités économiques et sociales avec le maintien durable des équilibres naturels. Une question pratique donc, qui ne se réduit pas à une simple utopie écologiste.