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La Chronique du Jour

Le 29.01.2012 65 vues

Tunisie : la troïka refuse le dialogue

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Al Qarra – Le 1er février, l’Assemblée constituante tunisienne réunie en séance plénière élisait le rapporteur général de la commission chargée de la rédaction de la constitution. Habib Khedher avocat et député d’Ennahdha s’est présenté face à Fadhel Moussa, membre du Parti Démocratique Moderniste et éminent constitutionnaliste. Sans grande surprise, c’est le Nahdaoui qui s’est imposé par 114 voix contre seulement 83 votes pour son concurrent. Il a en effet bénéficié du soutien sans faille des élus du CPR et d’Ettakattol, qui lui ont accordé leurs 29 voix. Oubliées les promesses faites par ces deux partis quelques mois plus tôt qu’il ne serait jamais question d’alliance avec les islamistes en matière de rédaction de la Constitution. Oubliées également, les promesses faites par Hamadi Jebali à l’opposition. Définitivement, le consensus n’a pas sa place au sein de l’Assemblée constituante tunisienne. Ennahdha a pesé de tout son poids pour empêcher Fadhel Moussa d’être porté à ce poste. Le doyen de la faculté des sciences juridiques est pourtant apprécié pour son esprit de rassemblement et sa modération. Son rival, lui, semble plus controversé, accusé parfois de partialité. Si Ennahdha avait accepté de respecter le contrat moral passé entre tous les acteurs politiques, M. Fadhel Moussa, aurait été porté à ce poste selon le principe si évident de « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ».. En refusant ainsi le consensus, la Troïka a fait de cette élection une question politique, là où il y aurait pu n’y avoir qu’une affaire technique et juridique. Dès lors, se pose la question de cet entêtement à refuser le dialogue ? Les raisons sont multiples. Elles témoignent d’abord, de l’isolement de Jebali au sein de son propre gouvernement. En effet, le premier ministre représente le courant réformateur et modéré de son parti. Un courant de plus en plus minoritaire, car Ennahdha semble se radicaliser sous l’influence de son aile conservatrice, incarnée par une jeunesse active et proche du courant salafiste. C’est parce qu’elle redoute un éventuel report des voix salafistes vers le CPR, qu’Ennahda ménage ses ultras. Il lui faut donc garder la main, quitte à engager un bras de fer de plus en plus inévitable avec la société civile. Les élus d’Ettakatol et ceux du CPR risquent d’essuyer des critiques acerbes de leurs électeurs, et devront s’expliquer pour justifier ce vote qui engage le pays pour plusieurs générations.

Dans ses dernières déclarations, Habib Kheder a affirmé qu’il fallait se référer à la Chariâa comme source principale de législation. Déjà circule l’ébauche d’un article 10 du projet de la Constitution, attribuée à Ennahdha, qui stipule que “la Charia islamique est une source essentielle pour l’élaboration des lois”. Cette référence à la Charia, pourrait créer la polémique en Tunisie.

Partout dans le pays, les manifestations se multiplient. Elles laissent présager que le recours au référendum pour faire approuver la constitution deviendra incontournable. La demeure fortement traversée par le jeu des alliances entre les nouveaux partis tunisiens. Plus largement, c’est toute une vision de la place de l’Islam dans les institutions et le droit civil qui sera cristallisée dans la future constitution. Quid des attentes et des revendications du peuple ?